Diffa, 29 Oct (ANP) – Une trentaine d’acteurs des organisations de la société civile et des médias de la région de Diffa prennent part, du 28 au 30 octobre 2026, à une session de formation consacrée au contrôle citoyen de la commande publique, organisée par l’Autorité de Régulation de la Commande Publique (ARCOP), dans le but de renforcer leurs capacités en matière de transparence, de veille citoyenne et de bonne gouvernance dans la gestion des ressources publiques.
Placée sous le thème « La commande publique, affaire de tous : faire de chaque citoyen un contrôleur digne et volontaire de la commande publique », cette session vise à permettre aux participants de mieux comprendre les règles, les procédures et les mécanismes de contrôle applicables à l’ensemble du processus de la commande publique, depuis l’identification des besoins et la préparation des marchés jusqu’à leur attribution, leur exécution et leur réception.
La session est animée par M. Adji Doumba, représentant de la Direction Générale de l’ARCOP, et M. Issoufou CHII, Directeur Régional de l’ARCOP à Diffa.
Pour M Issoufou CHII, à travers cette initiative, son service entend faire des acteurs de la société civile et des médias «des relais efficaces de la transparence et de la redevabilité, capables d’accompagner les efforts des pouvoirs publics en faveur d’une gestion rigoureuse, équitable et efficiente des deniers publics».
La commande publique, rappelle-t-on, constitue un levier essentiel de mise en œuvre des politiques publiques. Elle permet à l’État et aux collectivités territoriales d’acquérir des biens, de réaliser des infrastructures et de mobiliser des prestations de services nécessaires au développement socio-économique du pays.
De la construction des écoles et des centres de santé à la réalisation des routes, en passant par l’approvisionnement en équipements et en fournitures, les marchés publics engagent des ressources financières importantes dont la bonne utilisation conditionne la qualité des services offerts aux populations.
C’est pourquoi la maîtrise des mécanismes de passation et d’exécution des marchés publics ne saurait être réservée aux seuls spécialistes de l’administration. Elle interpelle également les citoyens, les organisations de la société civile et les professionnels des médias, appelés à contribuer à la prévention des irrégularités et à la promotion d’une gouvernance responsable.
Les travaux de cette session de trois jours doivent ainsi permettre aux participants de s’approprier les principes fondamentaux de la commande publique, de mieux identifier les éventuels manquements aux règles en vigueur et de connaître les moyens légaux dont ils disposent pour exercer leur mission de veille citoyenne.
En effet, le contrôle citoyen de la commande publique revêt une importance particulière en raison de son caractère préventif. Il peut intervenir dès la préparation des marchés, notamment à travers l’examen des besoins exprimés, la pertinence des investissements projetés et la prise en compte des priorités réelles des populations.
Lors de la passation des marchés, les organisations de la société civile peuvent contribuer à la vigilance collective en s’intéressant au respect des règles de publicité, à l’égalité de traitement des candidats et à la libre concurrence. Elles peuvent également signaler, sur la base d’éléments vérifiables, d’éventuels risques de favoritisme, de conflits d’intérêts ou d’irrégularités dans les procédures.
Le suivi de l’exécution des contrats constitue une autre dimension importante de cette démarche. Il s’agit notamment de vérifier, dans les limites des informations accessibles et des prérogatives reconnues aux citoyens, si les travaux annoncés sont effectivement réalisés, si les fournitures prévues sont livrées et si les prestations correspondent aux exigences contractuelles.
Dans cette perspective, l’audit citoyen peut contribuer à mettre en évidence des anomalies telles que les retards injustifiés, les ouvrages inachevés, les prestations de qualité insuffisante ou les écarts apparents entre les réalisations constatées sur le terrain et les engagements annoncés.
Toutefois, cette mission exige de la rigueur, le respect des procédures et la vérification des informations avant toute dénonciation publique. Le contrôle citoyen ne se substitue pas aux organes habilités de contrôle et de régulation, mais intervient en complémentarité avec eux pour renforcer la transparence et la responsabilité dans la gestion publique.
La participation des professionnels des médias à cette formation revêt également un intérêt majeur. En tant qu’acteurs de l’information, les journalistes contribuent à rendre accessibles aux citoyens des questions souvent considérées comme techniques, notamment les règles de passation des marchés, les mécanismes de financement des projets et les modalités d’exécution des contrats publics.
À travers des reportages de terrain, des enquêtes journalistiques, des interviews et des émissions de sensibilisation, ils peuvent éclairer l’opinion publique sur l’utilisation des ressources publiques et sur les résultats concrets des investissements réalisés au bénéfice des communautés.
Cette mission suppose cependant une connaissance suffisante du cadre réglementaire, une capacité à exploiter les documents disponibles et le respect des principes fondamentaux du journalisme, notamment la vérification des faits, le recoupement des sources et l’équilibre de l’information.
En renforçant les connaissances des journalistes et des organisations citoyennes, la formation de Diffa ambitionne ainsi de favoriser une participation plus éclairée des populations à la surveillance de l’action publique.
Au Niger, l’Autorité de Régulation de la Commande Publique est chargée de contribuer à l’amélioration du système national de la commande publique. Ses missions portent notamment sur la régulation, le suivi et l’évaluation du système, la conduite d’audits, le traitement des différends liés à la passation et à l’exécution des marchés publics, la diffusion de l’information ainsi que la formation des différents acteurs concernés.
Le renforcement des capacités constitue, à cet égard, un moyen de promouvoir une meilleure connaissance des textes et des procédures, aussi bien auprès des administrations contractantes que des entreprises, des organisations de la société civile et des médias.
La série de formations organisée dans plusieurs régions du Niger témoigne de cette volonté d’élargir la compréhension des mécanismes de la commande publique au-delà des seuls services techniques de l’administration.
Des sessions similaires ont notamment été organisées à Dosso en septembre et à Zinder en octobre 2026, au profit des acteurs de la société civile et des médias.
Cette démarche s’inscrit dans une dynamique de promotion de la transparence, de l’égalité de traitement des candidats et de la bonne utilisation des ressources publiques, conformément aux principes qui encadrent la commande publique.
Dans une région comme Diffa, où les besoins en infrastructures, en services sociaux de base et en équipements collectifs demeurent importants, le suivi citoyen des investissements publics représente un enjeu particulier. La qualité des ouvrages réalisés et l’efficacité des dépenses engagées ont des conséquences directes sur les conditions de vie des populations.
En permettant aux acteurs locaux de mieux comprendre les mécanismes de la commande publique, cette formation peut contribuer à renforcer la vigilance collective autour des projets de développement, à améliorer la circulation de l’information et à encourager une plus grande responsabilisation des différents intervenants.
L’enjeu est de faire en sorte que chaque ressource mobilisée pour répondre aux besoins des populations produise les résultats attendus, dans le respect des règles de transparence, de concurrence et d’efficacité.
Au terme des travaux, prévus le 30 octobre 2026, les connaissances acquises par les participants devraient ainsi constituer un outil supplémentaire pour promouvoir la veille citoyenne dans la région de Diffa. Leur appropriation effective dépendra toutefois de leur capacité à mettre en pratique ces acquis, à documenter les faits avec rigueur et à travailler en complémentarité avec les institutions compétentes.
À travers cette initiative, le contrôle citoyen apparaît ainsi comme une responsabilité collective, mais aussi comme un instrument de consolidation de la confiance entre les citoyens et les institutions publiques, au service d’une gestion plus transparente et plus efficace des ressources de l’État.
AOM/SML/ANP/ Octobre 2026

